La survenue d’un sinistre (incendie, inondation, dégât des eaux, accident industriel, décès, infestation extrême…) bouleverse la vie des occupants, des bailleurs ou des gestionnaires de locaux. La priorité qui suit est la remise en état rapide et sécurisée du bien, mission généralement confiée à une entreprise spécialisée dans le nettoyage post-sinistre. Pourtant, malgré le professionnalisme attendu, il arrive que la prestation laisse place à des malfaçons : surfaces incomplètement nettoyées, contamination persistante, moisissures réapparaissant, odeurs nauséabondes, détérioration de biens meubles ou immeubles, voire nouveaux dommages liés à l’intervention elle-même. Face à cette situation, quels sont vos droits ? Quels recours mettre en œuvre pour être indemnisé, obtenir la remise en conformité ou faire valoir la garantie contractuelle ?
Cet article fait le point exhaustif, étape par étape, sur la gestion des malfaçons suite à un nettoyage post-sinistre, vos options juridiques et pratiques, et la façon d’obtenir réparation.
1. Qu’est-ce qu’une malfaçon dans le contexte d’un nettoyage post-sinistre ?
Une malfaçon désigne toute prestation de nettoyage ou de décontamination non conforme :
- À ce que prévoit le contrat ou le devis signé
- Aux règles de l’art et aux protocoles spécifiques (normes AFNOR, guides de bonnes pratiques professionnels)
- Aux exigences de salubrité, sécurité et hygiène légales
Exemples courants :
- Surfaces mal désinfectées, agents pathogènes persistants
- Présence de suies, taches, odeurs de feu ou d’humidité malgré le nettoyage
- Moisissures ou champignons non éradiqués après intervention
- Oubli de zones à traiter, non-respect des pièces mentionnées au devis
- Dégradation ou vol de biens lors de l’intervention
- Endommagement des installations électriques, sanitaires, des sols, murs, fenêtres…
- Absence ou falsification de certificat de nettoyage/désinfection
2. Reconnaître une malfaçon : contrôles et constats
Avant et après intervention, il est recommandé de :
- Réaliser un état des lieux précis, photos/vidéos à l’appui
- Comparer chaque élément traité à ce qui figure au devis/remise de fin de travaux
- Vérifier la remise des documents contractuels (devis signé, certificat d’intervention, rapports techniques)
- Tester les équipements, vérifier l’absence de mauvaises odeurs, de moisissures, de poussière fine ou d’infestation résiduelle
- Réaliser des prélèvements ou analyses spécifiques en cas de doute (qualité de l’air, taux d’humidité, présence de spores…)
- Faire constater la situation par un expert indépendant ou un huissier, surtout en présence de litige potentiel
3. Les étapes pour agir en cas de malfaçon
1. Prendre contact et formaliser la réclamation
Dès la découverte d’une malfaçon ou d’un problème :
- Prévenez rapidement l’entreprise concernée par écrit (courrier recommandé avec AR ou email avec accusé de réception)
- Décrivez précisément les éléments non conformes, joignez photos et devis s’il y a lieu
- Exigez un retour d’intervention, une remise en état ou une expertise contradictoire dans un délai raisonnable (8 à 15 jours)
- Conservez tous les échanges, preuves et documents liés à la prestation
2. Mise en demeure si pas de réponse ou remise en état insatisfaisante
- En l’absence de réaction ou si le problème persiste après une tentative de réparation, adressez une mise en demeure à l’entreprise
- Indiquez clairement vos demandes (remise en conformité, indemnité, retraitement complet, expertise indépendante…)
- Précisez un délai de réponse/d’action (par exemple 15 jours) et avertissez de votre intention de saisir le médiateur ou la justice en cas d’inaction
3. Expertise et constatation contradictoires
- Pour les malfaçons techniques ou sanitaires graves (moisissures, pollution, risques de santé…), faites appel à un expert indépendant (expertise amiable ou judiciaire)
- En présence de contestation ou si de lourds enjeux financiers sont en cause, faites intervenir un huissier de justice pour constater l’état des lieux
- Cette expertise sera primordiale pour toute démarche d’indemnisation auprès des assurances, ou administrative/judiciaire
4. Médiation et conciliation
- Recourez à la médiation de la consommation (pour les particuliers) ou à un organisme de réglementation professionnelle si l’entreprise y adhère
- En cas de litige persistant, la médiation gratuite peut permettre d’éviter un procès long et coûteux
5. Action en justice si nécessaire
- Si aucune solution amiable n’aboutit, il reste la voie judiciaire
- Tribunal judiciaire pour les litiges de plus de 10 000€ ou problématiques complexes
- Tribunal de proximité ou juge des contentieux de la protection pour les cas plus simples/sommes inférieures
- Vous pouvez demander :
- L’exécution forcée de la mise en conformité
- Une indemnisation pour préjudice subi (matériel, moral, perte de jouissance, frais de relogement)
- La résolution du contrat pour non-exécution grave
4. Quelles garanties pour vous protéger ?
a) Garantie de parfait achèvement
- Toute entreprise réalisant des travaux (y compris nettoyage/decontamination post-sinistre) est tenue par une garantie de parfait achèvement, pendant au moins 1 an après livraison de la prestation
- Elle vise toutes les malfaçons, défauts de conformité ou mauvaises exécutions, sauf usure normale ou faute du client
b) Garantie contractuelle ou commerciale
- Certaines entreprises proposent des garanties supplémentaires (remboursement, retour gratuit, certificat de conformité…)
- Vérifiez toujours la nature, la durée et les modalités de mise en œuvre de ces garanties dans votre contrat !
c) Assurance décennale (dans de rares cas)
- Pour les interventions affectant la structure de l’immeuble (par exemple décontamination profonde sur un mur porteur, plancher, charpente après sinistre grave), une assurance décennale peut être engagée en cas de dommages majeurs survenus dans les 10 ans suivant les travaux
d) Responsabilité civile professionnelle de l’entreprise
- Toute société sérieuse doit être assurée en RC Pro : vous pouvez solliciter une indemnisation auprès de leur assureur en cas de dommages directs ou indirects causés par l’intervention
5. Le rôle des assurances et du contrat d’assurance habitation
Assurance multirisques habitation
Après un sinistre, votre assurance multirisque habitation (MRH) couvre souvent le nettoyage/décontamination, mais aussi, en cas de malfaçon, la ré-alimentation du sinistre ou de ses conséquences. Présentez votre déclaration, factures, correspondances et tout rapport d’expert.
Assurance « protection juridique »
Si votre contrat comprend une protection juridique, faites-là jouer pour :
- Obtenir aide et conseils pour la gestion du litige
- Prendre en charge tout ou partie des frais d’expertise, d’avocat ou de procédure
Vérifiez vos garanties
- Regardez si votre contrat exclut certains actes (par exemple, prise en charge limitée sur la responsabilité de sous-traitants de l’entreprise de nettoyage)
- Précisez toute demande d’avance ou de remboursement de frais en cas d’urgence sanitaire non traitée
6. Prévenir, anticiper et éviter les malfaçons : conseils pratiques
Avant intervention :
- Choisissez une entreprise reconnue et bien assurée (vérifiez SIRET, RC Pro, adhésion à une fédération)
- Lisez attentivement le devis et exigez la description précise des prestations attendues
- Demandez des références, contrôlez les avis et parlez éventuellement à de précédents clients
Pendant / après intervention :
- Soignez l’état des lieux avant-après, documentez tout
- Exigez un rapport et un certificat de fin de travaux, surtout dans un contexte juridique ou d’assurance
- Ne réglez pas la totalité de la facture avant la validation du résultat final (si possible, prévoir un paiement partiel à la réception conforme)
En cas de doute :
- Faites constater rapidement, n’attendez pas que la situation se détériore (les délais de contestation sont parfois courts)
- Gardez une communication écrite et factuelle avec votre interlocuteur
- N’hésitez pas à alerter votre syndicat de copropriété ou l’administration si la salubrité de l’ensemble du bâtiment est en jeu
7. Zoom sur des situations spécifiques
a) Malfaçon sur nettoyage post-incendie
Un nettoyage post-incendie inabouti laisse des suies, des odeurs de brûlé ou de produits nocifs, voire une pollution chimique résiduelle. Laisser ces résidus peut entraîner des troubles de santé ou la corrosion d’installations. Il est impératif de demander une expertise et de bloquer tout paiement en attendant une remise en état par la société ou une entreprise choisie avec accord de votre assureur.
b) Nettoyage post-inondation ou dégât des eaux
Si la déshumidification ou l’assèchement n’a pas été mené à son terme, moisissures, champignons et déformation des parquets/murs peuvent survenir en quelques semaines. Là encore, tout propriétaire a un devoir de précaution : obtenir des relevés d’humidité, surveiller l’évolution et agir vite pour faire refaire les parties concernées.
c) Nettoyage et désinfection après sinistre biologique
La persistance d’odeurs corporelles, de taches ou de résidus biologiques (sang, fluides, moisissures) expose à des risques sanitaires graves. Il est impératif d’exiger la réalisation de tests microbiens (ATP, mesure de spores, etc.) et une remise en conformité complète.
8. Que faire si la société fait défaut ou disparaît ?
- Vérifiez si l’entreprise a mandaté un sous-traitant (responsabilité solidaire du donneur d’ordre)
- Contactez l’assurance RC Pro de la société si elle est connue
- En dernier recours, déclarez la situation auprès de la commission de surendettement ou du tribunal, et demandez à votre assureur/habitation de prendre le relais de la gestion technique (réalimentation du sinistre)
- Signalez les difficultés à la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) ou à la Répression des Fraudes en cas de litige grave
Conclusion
Un nettoyage post-sinistre non conforme ou défectueux expose à des risques sérieux : sanitaires, financiers, juridiques et humains. Les moyens d’action existent : réclamation écrite, expertise, médiation, action en justice, recours à l’assurance et recours à toutes les garanties légales. Ne laissez jamais passer une malfaçon : documentez, agissez vite, privilégiez la voie amiable puis judiciaire si nécessaire. Mieux vaut se montrer exigeant qu’exposé à de dangereux résidus ou devoir refaire toute une intervention – et, dans l’idéal, choisir dès le départ des professionnels reconnus et transparents pour minimiser ces risques. Un logement parfaitement sain après sinistre est non seulement une question de confort, mais d’obligation légale et de sécurité pour tous.

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